Nombreux sont les Sénégalais qui pensaient que le Fpe n’allait plus se relever après la gabegie qui a caractérisé la gestion des 39 milliards de la Bad. Il a fallu la vision d’une femme investie de la confiance du chef de l’Etat, en juin 2003, pour impulser une nouvelle dynamique au Fonds de promotion économique. Vingt-sept mois après, à l’heure du bilan, c’est un satisfecit qui a été décerné dans la gestion de ce fonds qui connaît un taux d’absorption record des lignes de crédit. Un bel exemple à méditer et à approprier par les autres structures dans leurs rapports avec les bailleurs.
Mme Ndèye Khady Guèye, vous avez été nommée par le président Wade administrateur du Fonds de promotion économique depuis le mois de mai 2003. Aujourd’hui, quel est le bilan d’étape qu’on peut faire ?
Son Excellence Maître Abdoulaye Wade, président de la République du Sénégal, m’a fait l’honneur de me nommer à la tête du Fpe, en juin 2003, soit deux ans après son élection à la magistrature suprême. Il m’a d’abord confié une mission d’audit de la situation du Fpe dont il ne savait plus quoi faire, compte tenu de sa léthargie. Il fallait voir si le Fpe avait encore sa place dans le dispositif bancaire et financier de notre pays, dont il voulait renforcer l’efficience. Cette mission constituait un véritable défi, parce que Monsieur le Président de la République s’est toujours préoccupé, même du temps où il était dans l’opposition, de cette structure importante d’appui au secteur privé que devait être le Fpe. Mais, aussi, parce que le Monsieur le Président de la République a misé, depuis toujours, sur la promotion d’un secteur privé fort.
Pour en revenir à votre question, je peux dire, sans fausse modestie, que le bilan d’étape est satisfaisant. Je crois que je peux être légitimement fière du travail que j’ai accompli avec mes collaborateurs. L’occasion m’a été donnée, à plusieurs reprises, de donner des indications sur les performances qui ont été réalisées récemment, en déclinant par exemple des informations sur le flux de refinancements accordés, qui a quadruplé entre 2001 et 2004. Mieux, ce même flux atteindra, avec la grâce de Dieu, des niveaux insoupçonnés en fin 2005.
Ainsi, le Fpe enregistre un taux moyen d’absorption de ses lignes de crédits de 163 %, compte tenu des recyclages. Ce qui est remarquable dans un contexte de faible niveau de déblocage des ressources mises à la disposition de notre pays pour divers programmes. Au 31 août 2005, le crédit actuellement en exploitation dans l’économie nationale est de 21 milliards, ce qui est non négligeable dans la formation brute de capital fixe, principal vecteur de croissance. Le taux de recouvrement s’est sensiblement amélioré, avec un ratio de 87 %, si l’on ne considère pas le lourd héritage de certains prêts. Enfin, le Fpe fait aujourd’hui l’objet d’une confiance grandissante des partenaires au développement. Toutes les lignes de crédit mises à sa disposition sont en cours de renouvellement et de nouvelles sont en négociation.
Qu’est ce qui explique les performances actuelles du Fpe ?
Elles trouvent leur source dans la confiance que Monsieur le Président de la République a placée en notre endroit et dans la feuille de route qu’il nous a déclinée. Et que nous nous évertuons à mettre en œuvre scrupuleusement, en apportant des innovations de taille au mode d’intervention. Elles s’expliquent aussi par l’équipe motivée, soudée et compétente que nous avons constituée progressivement. Partant de l’ossature primitive, nous avons voulu construire une infrastructure plus professionnelle et percutante. La culture d’entreprise actuelle est très favorable au bon fonctionnement et à un processus efficient de prise de décision. La politique de crédit que nous avons insufflée en interne et le suivi dynamique et interactif des dossiers ont également contribué à l’embellie.
Comme vous le savez, la gestion du Fpe, depuis sa création, a été préoccupante à cause de l’importance des ressources qui y avaient été injectées. Trente-neuf milliards, en 1991, représentaient une somme très importante. La gestion qui a été faite de cette manne financière - parce que c’était une vraie manne financière à l’époque où elle tombait - n’a souvent pas été orthodoxe. En 2000, le Fpe était caractérisé par l’assèchement de ses ressources, un recouvrement hypothétique des créances, un mode d’intervention qui s’est révélé souvent travesti.
Le dispositif était articulé autour du refinancement des banques ; le Fpe était censé garantir des projets présentés par celles-ci. Il était également chargé, en cas de besoin, d’accorder des prêts participatifs. Malheureusement, tout cela n’a pas été rigoureusement respecté. Des interventions directes ont été faites pour des montants considérables, qui sont venus mettre en péril son fonctionnement et son existence. Quand je suis arrivée en 2003, les ressources étaient insignifiantes et, comme je l’ai dit tout à l’heure, il fallait se prononcer sur la viabilité et la pérennité du Fpe. Après avoir fait l’état des lieux, qui n’était guère reluisant, j’ai pris contact avec tous les partenaires du Fpe.
Les premiers partenaires du Fpe, après ses bailleurs bien sûr, ce sont les banques. J’ai rencontré individuellement tous les directeurs généraux de banques qui ont été agréées par le Fpe. Car, il fallait faire le point de nos relations, gérer un passé. Nous avons échangé sur les situations croisées de nos comptes, situations qu’il fallait rapprocher. Il s’est aussitôt avéré urgent d’apporter des régularisations de nos engagements respectifs. Nous nous sommes parfois retrouvés avec des sommes importantes qui devaient être reversées au titre des refinancements accordés et qui ne l’ont pas été au niveau du Fpe.
À quel niveau se situaient ces montants ?
Au départ, ils étaient estimés à un peu près de deux milliards. Au niveau du Fpe, sur le plan comptable, le suivi des engagements n’était pas très effectif. Je crois qu’il n’est pas exagéré de parler de rupture dans le suivi. Il a fallu, sur un certain nombre de mois, reprendre toute la situation ; travailler avec les services financiers et comptables des banques pour arriver à une situation définitive. Actuellement, nous sommes à un peu plus d’un demi-milliard que nous réclamons aux banques. Et nous sommes toujours dans l’attente de la régularisation.
La situation comptable montre qu’en 2004, le Fpe a financé 1680 projets, a créé et consolidé 106 425 emplois. Qu’est-ce qui explique de tels résultats ?
L’évolution des flux de refinancement est une explication : 2,2 milliards en 2001 ; 2,5 milliards en 2002 ; 3,7 milliards en 2003 ; 8 milliards en 2004 et près de 10 milliards en juin 2005. Le nombre d’emplois créés et consolidés est passé de 2397, en 2002, à 106 425 en 2004. La rencontre avec les différents partenaires était importante, mais elle a surtout permis de nous édifier sur la nécessité d’adapter le Fpe à son environnement, qui avait changé. Il avait été créé en 1991 dans un contexte de crise financière et de rareté des ressources au niveau des banques. En 2003, nous étions dans un contexte de surliquidité. Les produits qui avaient été conçus à l’époque devaient être adaptés aux nouvelles réalités du marché. Sur la ligne Bad, le Fpe refinançait les banques à hauteur de 9 % et ces dernières avaient une marge d’intermédiation de quatre points. Ainsi, le client pouvait se retrouver avec 13 % de taux d’intérêt.
En 2003/2004, les taux d’intérêt n’étaient plus de 17, 18 voire 20 %, comme c’était le cas, il y a 10 ans, mais aux alentours de 12%. Ce taux de 13 % n’était plus compétitif. Les banques ne pouvaient plus proposer trop longtemps un taux de sortie de 13 % à leurs clients. Il fallait donc jouer sur le taux de base du Fpe. Car, il était plus difficile d’agir sur la marge d’intermédiation de 4 points. Je me suis dit qu’il fallait alors baisser notre taux de base pour ressortir en deçà de 11 %. J’ai proposé au comité de direction la baisse du taux à 7 % et aux banques de faire un effort sur leur marge d’intermédiation, selon l’intérêt du projet et d’autres critères à définir de concert. C’est cela qui a été fait. Actuellement, sur le produit Bad qui était le principal produit du Fpe avant l’introduction de la ligne indienne, nous ressortons au maximum à 11 %. Ce premier acte a permis aux banques de relancer leurs relations avec le Fpe.
Ce qui est intéressant pour le Fpe, c’est le taux d’absorption des lignes de crédits qui est supérieur à 100%. Quel est votre secret si l’on sait que dans certains de ses projets ou programmes, le Sénégal péche par l’inefficacité en matière de taux d’absorption ?
Pour la ligne Bad, nous enregistrons un taux d’absorption de 172 % %. Pour la ligne Boad, celui-ci est de 144 %. C’est cette innovation que nous avons faite au niveau du taux de base qui a, par ailleurs, conditionné la survie de la ligne Bad. Il y a aussi l’augmentation des structures agréées. La ligne Bad ne prévoyait que les banques. Avec la ligne de crédit Boad, les mutuelles sont venues s’ajouter à notre dispositif. Un autre secret consiste en l’agrément de nouvelles structures. En 2003, seules 15 mutuelles étaient agréées. Aujourd’hui, elles sont près de 50 et nous avons beaucoup de demandes en stand by, parce que nous préférons accompagner des mutuelles que nous avons d’abord aidé à se structurer. Nous sollicitons beaucoup l’avis technique de la Cellule chargée du monitoring des mutuelles, avant de les agréer. Parce que nous préférons travailler avec les mutuelles jugées aptes par qui de droit, à obtenir des financements et à les gérer.
Un autre facteur a été déclenché par le constat que le Fpe avait beaucoup de ressources placées dans les banques. Il ne fallait pas continuer à se complaire à négocier des taux suffisamment rémunérateurs pour assurer la couverture des charges d’exploitation du Fpe et le maintenir en vie, de manière factice et aléatoire. D’autant plus qu’il y avait une forte demande de crédit à prendre en charge. De toutes les façons, il était plus rationnel, plus économique, d’essayer de la satisfaire. Alors, il fallait se donner les moyens d’injecter le maximum de ressources. La baisse des taux, l’agrément d’un nombre plus important de mutuelles et une plus grande célérité dans le traitement des dossiers ont été les premiers moyens à notre portée. Il est important de noter que le Fpe ne bénéficie pas de budget de la part de l’Etat et qu’il couvre la totalité de ses charges par les produits de son exploitation. Je pense qu’il est la seule structure étatique dans cette situation.
Les produits du Fpe (refinancement, garantie et prêt participatif) sont-ils réellement adaptés aux exigences de l’économie sénégalaise en quête de croissance ?
Ce sont des instruments qui ont leur pertinence ; qui sont attrayants et même avantageux, comparés à ceux qui existent dans le financement classique. Mais, il fallait les faire évoluer. Nous avons procédé à la création de nouveaux produits, compte tenu du fait que les produits originels n’étaient plus autant demandés. Les produits nouveaux sont : le fonds de financement participatif qui est une forme améliorée du prêt participatif, le fonds de promotion des technologies de l’information et de la communication et le crédit-relais. Beaucoup de Sénégalais ont des opportunités, mais n’arrivent pas à trouver un financement. Le crédit relais est un mécanisme par lequel nous pouvons avancer à un entrepreneur sénégalais des fonds pour qu’il réalise une opération qui est couverte par une sûreté et qu’il pourra donc valablement rembourser.
La principale intervention sur ce produit s’élève aujourd’hui à plus de FCfa 2 milliards. Elle concerne la conserverie de thon et elle a permis de consolider près de 2000 emplois et d’en créer près de 200 nouveaux. Le Fpe, devenu par la force des choses un investisseur de taille dans ce secteur, profite de l’occasion qui lui est offerte par cette tribune pour lancer un appel à l’entrepreneurship des Sénégalais ou à un partenaire stratégique, quel qu’il soit, qui pourra assurer son relais. Une des sociétés, en période de croisière, peut atteindre un chiffre d’affaires de FCfa 20 milliards.
Le refinancement, ce n’est rien d’autre qu’un prêt accordé par le Fpe à une banque ou à une structure financière décentralisée. La banque ou la structure financière décentralisée présente un ou des projets au Fpe pour lui demander s’il peut les refinancer. C’est-à-dire leur allouer des ressources pour qu’elles puissent à leur tour les prêter. Le principal intérêt du refinancement, c’est la disponibilité de ressources, lorsqu’elles sont rares ; ou la disponibilité de ressources longues lorsque celles-ci ne sont pas disponibles ou insuffisantes.
Le deuxième produit qui est intéressant pour le Fpe, c’est la garantie. En effet, le Fpe a la possibilité de garantir les projets à hauteur de 50 % et il possède un fonds de garantie crédible et unanimement reconnu.
La garantie, c’est un engagement du Fpe d’intervenir en subrogation en cas de défaillance du débiteur. C’est-à-dire si le débiteur n’arrive plus à rembourser son prêt, le Fpe le fait à sa place, dans la limite de son engagement.
Souvent, le financement de certaines sociétés, surtout dans le domaine des nouvelles technologies, bute sur le capital-risque. Est-ce qu’on peut s’attendre à ce que le Fpe puisse mettre en place ce capital-risque pour aider à l’émergence et à la consolidation de telles entreprises ?
Le prêt participatif est une forme de capital-risque, mais ses performances ne nous permettent pas de le citer en exemple. Nous ne pensons pas qu’il ait été suffisamment bien vendu, donc bien compris. En fait, le prêt participatif, c’est une forme de prise de participation provisoire du Fpe dans une Pme qui présente une insuffisance de fonds propres. Le capital-risque n’est pas encore un produit qu’on peut valablement citer en exemple. Pour le moment, nous sommes en train d’y réfléchir. Beaucoup d’établissements ne se risquent pas dans ce mode de financement. Il faut peut-être encourager le professionnalisme ou la communication autour de ce produit, de sa pertinence. Le capital-risque est un produit qui peut être développé, mais il faut qu’il trouve des acteurs avertis.
Le fonds de prêt participatif, qui est une forme timide de capital-risque, a été plombé par la conception qu’on en a faite au départ. Si le dispositif de départ était articulé autour d’un remboursement en concomitance avec le refinancement, je pense qu’on aurait développé un peu plus ce produit. Mais, il a été défavorisé dès le départ quand on a permis au promoteur de rembourser les sommes dues au titre de ce fonds, bien après le remboursement du refinancement. Les deux produits ne pouvaient aller l’un sans l’autre.
Aujourd’hui, trois ans après votre nomination, quels sont les problèmes auxquels le FPE est confronté dans l’exécution de sa mission ?
Dans sa mission dédiée au secteur privé, le Fpe est confronté à un certain nombre de problèmes auxquels nous comptons remédier à court et moyen termes. Le principal est de nature statutaire. En effet, les statuts du Fpe consacrent aux banques un rôle de premier plan dans l’évaluation des requêtes de financement soumises par les entrepreneurs. Si cette disposition comporte quelque part un intérêt, d’autre part, elle est porteuse d’inconvénient en ce sens que les tares du financement bancaire - notamment la lourdeur des procédures d’engagement, la légendaire aversion au risque du banquier... - que l’on cherchait à pallier avec la mise sur pied du Fpe, reste de mise.
Il y a également l’impossibilité de nous référer à la Centrale des risques de la Banque centrale, parce que le Fpe n’est pas une banque commerciale, alors que cela est indispensable pour toute étude de financement qui se veut complète. Entre autres difficultés, il y a notre éloignement de certaines localités de l’intérieur du pays, faute d’antennes locales, l’effectif limité de notre staff et du personnel d’appui qui induit les surcharges de travail.
Un autre problème, c’est la multiplicité des organismes chargés de gérer des lignes de crédits pour le compte de l’Etat. Un de ses effets pervers, c’est la faculté pour un même promoteur de s’endetter auprès de plusieurs structures à la fois ou présenter un ou des sinistres (pour parler comme les assureurs) sans que l’information ne puisse passer. Parce que le Fpe présente l’avantage d’exister depuis 15 ans et qu’il s’est forgé un métier, cette situation est à corriger dans les meilleurs délais s’il existe une volonté réelle de prendre en charge l’ambition du président de la République pour notre pays. Nous pensons qu’il y a trop de déperditions de moyens, pas assez de synergies, trop de déséconomie d’échelle, bref des déséquilibres structurels encore significatifs.
Pour la plupart, ce sont les Pme/Pmi de droits sénégalais exerçant leurs activités dans les secteurs productifs ou de soutien à la production qui sont éligibles aux mécanismes du Fpe. Dans quelle mesure le Fpe pourrait-il s’inscrire dans une perspective de diversification de son offre de financement ?
La diversification de l’offre de financement du Fpe s’inscrit dans la perspective de mutation institutionnelle, qui est encore une volonté du président de la République. Le processus est déjà enclenché et c’est le Centre d’études des politiques de développement (Cepod), un démembrement du ministère de l’Economie et des Finances, qui en est le maître d’œuvre. Le Fpe ne maîtrise donc pas les délais ou l’impulsion qui doit être donnée à ce projet. Nous le suivons et nous faisons des efforts importants, mais dans la limite de notre pouvoir, pour qu’il puisse aboutir assez rapidement.
Au terme de ce processus, de nouveaux produits et services seront offerts, à côté de ceux qui existent actuellement. L’offre de garantie du Fpe sera revisitée en vue de mieux répondre aux exigences de garantie des bailleurs.
Mais, quelle sera la nature de cette banque ?
Je ne peux pas vous dire exactement quel sera son profil. Nous avons un dispositif bancaire, avec des acteurs bien présents. Nous allons essayer de nous engager dans un créneau qui pourra positionner valablement et pérenniser l’activité de la nouvelle structure. Il faudra qu’elle vienne à point nommé pour remplir un gap qui existe encore. Cette structure ne sera pas créée pour bousculer qui que ce soit, mais pour diversifier l’offre de financement dans un contexte de mondialisation qui impose la compétitivité à tout le monde. Nous comptons sur des partenaires stratégiques importants, c’est-à-dire les bailleurs de fonds qui interviennent traditionnellement dans le secteur où le Fpe a prouvé sa compétence. On pourrait avoir la Bad, dont le Fpe est fier d’être le « bébé », un démembrement de la Banque mondiale ou même une banque privée, des privés sénégalais, etc. Aussi, nous suscitons beaucoup d’intérêt de la part de l’Asie, ce continent en plein boom et avec lequel nous partageons tant de similitudes.
L’une des missions du Fpe est de mettre à la disposition des Banques agréées des ressources nécessaires au financement de toute activité économique, notamment ceux porteurs de croissance en termes d’emplois et de valeur ajoutée (à l’exclusion des secteurs du commerce, de l’immobilier et du transport en commun de personnes). Aujourd’hui, dans le cadre du renouvellement du parc des cars rapides, cette restriction faite au transport en commun ne pose t-elle pas problème ?
La non-éligibilité de certains secteurs était une condition du premier bailleur, en l’occurrence la Bad, qui, en 1999, a produit le rapport d’achèvement du projet. Par conséquent, celle-ci est progressivement levée, surtout lorsqu’il s’agit de projets stratégiques et d’intérêt national. L’impact de ce secteur dans le développement d’un pays et les potentialités dont il regorge en termes de valeur ajoutée et de création d’emplois ne pourrait être occulté.
Nous recevons des dossiers de demande de financement de bonne facture, relatifs au secteur des transports. Il s’agit de projets visant à moderniser voire révolutionner le transport urbain ou interurbain sénégalais. Aujourd’hui que se pose avec acuité le problème du transport, surtout à Dakar, nous sommes condamnés, étant une structure publique, donc vouée à l’intérêt de la collectivité, à appuyer la politique de l’Etat dans ce domaine. Et le Fpe a pris une part active et décisive dans le financement du renouvellement du parc de « cars rapides » qui était une composante bloquante du Pamu (Programme d’amélioration de la mobilité urbaine). Par la même occasion, le Fpe a assuré le financement complémentaire d’une nouvelle industrie sénégalaise pour la couverture de son besoin en fonds de roulement et le bouclage de son programme d’investissement. Il reste aussi ouvert à tout projet viable relatif au transport en commun.
Que dire alors du secteur de l’immobilier qui connaît un boom extraordinaire ? Sera-t-il toujours exclu de votre champ d’intervention ?
Le Fpe n’est pas totalement absent de l’immobilier. Quand, dans les projets qui lui sont soumis, l’immobilier vient en soutien à l’activité principale, nous le finançons. De toutes les façons, le Fpe ne peut pas être éternellement exclu de l’immobilier qui est aussi un secteur rentable et qui enregistre une demande forte.
Aujourd’hui, quelle est la cartographie de l’intervention du Fpe ?
Nous sommes présents dans toutes les régions du Sénégal. Nous sommes en train d’investir des zones qui n’étaient pas accessibles aux financements. Avant la fin de l’année, nous irons par exemple à Bakel où les populations ne sont pas encore suffisamment structurées pour pouvoir obtenir des financements Fpe. Il y a un effort de conscientisation des populations à faire. Nous allons aussi travailler avec les autres structures d’appui qui pourront accompagner l’ambition que nous avons dans ces zones qui ne sont pas tout à fait vierges, mais qui demandent à être davantage appuyées.
Que dire alors de la Casamance engagée dans un processus de reconstruction et de développement au profit des populations ?
Le Fpe est beaucoup intervenu en Casamance. Nous sommes l’un des premiers partenaires de l’Asacase qui est une structure de référence en matière de financement d’activités économiques en Casamance. Nous avons aussi financé la Mec Zig. Malheureusement, certaines de ces structures ont connu des difficultés avec le conflit qui est en passe d’être un mauvais souvenir. Nous avons aussi un autre gros projet pour la Casamance, qui concerne un secteur stratégique et qui est en voie de finalisation.
L’objectif du Fpe, c’est de résoudre les problèmes de financement des Pme-Pmi par la recherche de lignes de financement en faveur de secteurs porteurs de l’économie. Aujourd’hui, comment faudrait-il articuler les rôles et missions du Fpe avec la stratégie de croissance accélérée surtout par rapport aux secteurs porteurs comme le tourisme, l’artisanat d’art et la culture ?
La croissance est implicitement visée dans la mission du Fpe, parce que qui dit investissement dit croissance. Aujourd’hui, le Sénégal est à un tournant de son existence. Aussi, nous pensons que le Fpe est un maillon indispensable dans le dispositif de mise en œuvre de la stratégie de croissance accélérée. Ceci étant, son implication dans tout le processus est souhaitable, notamment en ce qui concerne le financement des grappes de compétitivité. Le rôle et la mission du Fpe peuvent être articulés avec la stratégie de croissance accélérée par le biais de la mise en œuvre de lignes de crédits pour certaines grappes de compétitivité. À titre d’illustration, le Fpe dispose d’une ligne de crédit dédiée à l’artisanat qui lui a permis d’investir plus de 5 milliards de FCfa dans l’économie. C’est grâce au Fpe que des métiers comme la menuiserie, la couture, la coiffure, la transformation de fruits et légumes, etc. ont connu un développement fulgurant ces dernières années. Je pense que les 5 milliards injectés ont créé l’impact visible que nous avons actuellement dans nos rues et nos régions. Pour ce qui est du tourisme, le FPE a aussi financé des réceptifs hôteliers, des restaurants prestigieux, notamment.
Aujourd’hui, est-ce que vous vous inscrivez dans une dynamique de recouvrement de vos créances ?
Absolument. Je crois que pour un entrepreneur - j’ai ici une conception anglo-saxonne du terme -, obtenir un financement est une opportunité extraordinaire. Mais, aussi, une obligation de remplir un engagement pour la pérennité de l’activité qui est ainsi créée ou développée et pour la satisfaction des autres requêtes latentes. C’est une question de bon sens. Pour une certaine catégorie de prêts consentie par la première administration du Fpe, c’est très difficilement que nous allons recouvrer les créances. Car, lorsque l’on se permet de donner des milliards à des structures sans qu’elles ne soient même constituées formellement, il n’y a aucune garantie au départ. Je pense qu’il sera difficile de recouvrer totalement ce type de créance.
Cependant, nous sommes en train de poser des actes afin que tout le monde soit conscient que le Fpe est présent. Et qu’il tient à recouvrer ses créances. Nous irons jusqu’au bout pour récupérer le maximum de ressources. Car, ces déperditions importantes auraient pu financer énormément de projets. L’utilisation plus rationnelle de ces ressources aurait permis aux Pme sénégalaises de renforcer leur compétitivité. Si autant de milliards étaient arrivés à bonne destination, notre économie aurait été boostée et des opportunités énormes auraient amélioré le quotidien des Sénégalais.
Alors, quels sont actuellement les défis de Mme Ndèye Khady Guèye à la tête du Fpe ? Surtout pour éviter que pareilles choses ne se reproduisent ?
L’innovation et la transparence. Après avoir pris conscience de l’importance du rôle du Fpe, j’ai misé sur le recentrage sur sa mission originelle. Car, le Fpe a une mission ; une mission de développement économique. Il doit avoir les moyens de jouer pleinement son rôle. Les moyens existent avec le dispositif en place. Il faut juste essayer de ne pas s’en éloigner et l’adapter, au fur et à mesure. Sur le plan financier, c’est le respect des conventions que nous avons signées avec tous nos partenaires. Il faut, par les actes que nous posons quotidiennement, que nous ayons le souci de nous faire respecter chaque jour un peu plus. Je souhaite conclure par là où j’avais commencé, pour faire remarquer que toutes les fois que le président de la République, Maître Abdoulaye Wade, confie une responsabilité, il ouvre en même temps de grands boulevards devant ceux qui en sont investis, afin qu’ils puissent les emprunter et accomplir leur mission, dans les meilleures conditions et dans l’intérêt du Sénégal qui lui est si cher. C’est un homme auprès de qui l’on apprend beaucoup et toujours, qui, de par son comportement marqué par la générosité dans l’effort, pousse au dépassement. C’est un visionnaire et une chance pour le Sénégal. Je crois que tous les détenteurs de compétences, même parcellaires, doivent s’approprier son ambition et veiller à ne pas travestir ses orientations.
PROPOS RECUEILLIS PAR DOUDOU SARR NIANG |